avec A. nous tissons de discrets échos distanciés.
c’est timide et poli.
sa jeunesse me jette dans une position de maternalisme intellectuel troublé entre les soirées ivres et les livres dans le sac à main, ceux qu’on évoque puis l’écriture, évidemment.
ma position coutumière.
mais une attente mutuelle dans la conversation, une attente qui n’est évidemment pas la même pour elle ou pour moi.

en évocation, ça trace un fil entre Duras et Didi-Huberman. c’est assez fort.
autant le dire, elle est brillante.
ce qu’elle figure brûle les yeux.
j’ai vu d’elle quelques images en noir et blanc où la géométrie prenait totalement le pas sur le représenté.
cela pour moi, figurait l’aveuglement, l’aveuglement et la vision du poète voyant.

pour le corps, il faudrait que je lui parle de Pizarnik.

peut-être que malgré moi, ce fantasme de dictature misandre, je le fais par jeu.
je tisse un collège de femmes.
les initiales de nos prénoms masqués deviennent des signes sorciers.
un feu qui s’anime dans l’hiver.

nous nous croisons au café, à la cantine, entre les tasses et les assiettes sales, la littérature et la photographie.

 

à Paris, je croise E. tellement dans la fièvre et la rage.
indétrônable, ses bottines à talons très hauts, son manteau imitant le léopard et son t-shirt sur lequel est inscrit femme, femme, femme.
trois fois.