avancer contre le vent,
à l’heure des livres sages dans la vitrine encore dans le noir.
le secret.
les livres noirs dans la nuit.

la ville appartient à ceux dont les pas résonnent dans le silence, presque.
les petites lumières, toutes les petites lumières.

un volet roulant qu’on ouvre,
la terrasse du café que l’on installe à peine.
le bout des doigts gourds de froid,
mais ça s’échauffe pour le texte qui se fait presque déjà dans la marche.

les petits talons,
« les petites bottines, oh ! les petites bottines »
comme dans le film de Buñuel.
l’érotisme de soi à soi,
quel autre potentiel regardant
pour une évocation déplacée dans un instant presque inadéquat.
et ça contamine
la place,
les restes de sapins de Noël jetés à côté de l’ancien tribunal – cadavres des fêtes,
la rue Froide,
les pavés.

et se rappeler leur regard qui se suspendait sur parler avec les mains, lorsque les jolis gants de cuir violet.
oiseaux suspendus dans leur vol autour du dire.
la main, comme ça, ces gestes-là.
la parole de la pensée et de l’écrit qui se fait.

ici aussi, tant de textes en suspension dans l’air, dans certaines conversations.
les textes qui nous nourrissent,
chacun, chacune ou ensemble.

M. et ses cheveux toujours fous, habités eux aussi.
M. brune radicale, elle aussi – c’est la philosophie.
et le cinéma,
et la littérature
un petit peu, la littérature.
C. est devenue plus brune.
sa rousseur avec ce quelque chose d’enfantin d’abord.
sa peau laiteuse, toujours un livre à la terrasse du café.
C. dans les textes, dans la lecture.
souvent, se dire que depuis son refus, depuis ses fuites, elle devrait écrire.
écrire sa peau laiteuse de la page.

des filles et leurs livres.
une certaine puissance.
ne pas en parler.
le savent-elles ?

avec la langue, la littérature avec la langue, avec ces questions-là sur la langue, je suis seule.
la seule.
la fille brune, cette disposition-là, cette recherche-là dans la langue, dans l’écriture,
je suis seule.
avec eux.

ne pas en parler.
ou à peine.
discrètement, pour ne pas déranger.