chacun, ses petits arrangements.
chacun, le langage tordu pour se dire fiction de soi plus tolérable dans.
plus valable,
plus vivable.
surtout, tellement, tellement, tellement plus beau.
séduisant dans le regard de l’autre,
miroir aux alouettes de soi en mieux,
ce regard que l’on vide pour s’y refléter.

qui regarde soi-même se regardant ?

ça s’entend, ça s’entend pourtant
quoi qu’on cache,
quoi qu’on veuille se mentir sur.
c’est là, là torsion, dans la phrase, dans les mots,
et sur le visage, la bouche proférant.
c’est dans le rythme, dans cette respiration qu’on ne laisse pas.

une peur d’animal traqué.
la proie n’est autre que ce soi-même le chasseur simultanément.

regarde, comme tu es beau
dans le regard se vidant de l’amour, un jour.
écoute, comme tu parles bien
et l’on n’entend plus que la faille dans laquelle l’ego qui pousse.

et ça se pare
et ça brille
pauvre feu,
pauvre feu.

où sont les fauves ?
ceux dans la vie nue et la langue encore ensanglantée du verbe dévorer.
où sont les compagnons des nuits ivres, un livre dans une poche, une bouteille dans l’autre et toute la ville qui tangue autour des ponts,
juste avant la chute.

où sont ces animaux qu’aucune récompense ne saurait domestiquer ?
où sont ceux qui brûlent sous la peau ?
un sourire flottant sur les lèvres,
le silence de l’écrit dans le regard intensifié par toutes ces images embrasées.
ceux qui vivent encore parce que saisis par ce qu’il y a dans les livres
et par le monde qui se déplie pour eux dans une contemplation infinie.

où sont-ils, mes frères d’armes ?
la guerre est à ma porte.